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L'Ecologie Evolutive

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Le Putois d'Europe

Projet Putois d’Europe
Mustela putorius

 


  Avec une fourrure brune à brun sombre, le putois d'Europe Mustela putorius L. 1758 présente généralement une zone de couleur claire sur la face donnant l'impression d'un masque de bandit. Les putois sont plus grands que les belettes mais montrent un important dimorphisme sexuel de la taille ( = 1.75). La longueur du corps varie de 350 à 450mm chez l'adulte et la masse corporelle peut atteindre 0.7 kg pour les femelles à 1.7 kg pour les mâles.

Appartenant à la famille des Mustelidae comme l'Hermine, la Loutre, le Blaireau ou le Skunks, les putois possèdent des mœurs essentiellement nocturnes et individualistes, fréquentant un domaine vital de près d' 1 km². Ils gîtent dans des cavités, sur les rives des cours d'eau ou entre les racines des arbres. Répandus à travers tout le Palearctique occidental, les putois exploitent principalement les habitats boisés, les bocages et les marais.



L'espèce peut se reproduire une fois par an entre la mi mai et la mi juin, et après une gestation de 42 jours, 3 à 4 jeunes sont élevés par la femelle. Se nourrissant principalement de Grenouilles, de Crapauds et de Campagnols roussâtres, les Putois dans la nature s'attaquent également aux Rats surmulots. Les Putois s'hybrident avec la Putois des steppes (
M. eversmanni) ou avec le Vison d'Europe (M. lutreola). Le Furet M. furo parfois complètement albinos est une forme domestique dérivant de la sous-espèce éteinte du Putois de Berbérie (M. putorius berberii = furo) comme l’atteste les textes romains et sa génétique.



 

Recherches sur le Putois d'Europe

  L'objectif des recherches menées est de caractériser les variations du comportement sexuel et l'influence des contraintes environnementales sur les populations naturelles de Putois.

1. Comportement sexuel

   Les populations naturelles de Putois d'Europe montrent un important polyphénotypisme impliquant la couleur du pelage et de la taille, traits souvent associées dans le génome des Mustélidés. Outre des animaux présentant le phénotype typique avec un masque caractéristique, il existe des morphes plus petits et sombres, (phénotype sombre). Bien que ces deux phénotypes soient sympatriques, les Putois sombres exploitent principalement les ruisseaux forestiers, soulignant que ce phénotype résulte d’un mécanisme de déplacement de caractères and entraîne une divergence sympatrique et une possible spéciation.

La prédisposition des femelles à préférer les mâles de leur propre phénotypes étayent l'hypothèse d'une tendance vers une endogamie intra-morphe. Néanmoins, la sexualité du putois est caractérisée par une stratégie d’évitement de la consanguinité, comme le révèle la faible parenté génétique entre mâles et femelles.

 

Phénotype sombre chez le Putois, Bretagne 1992

Le putois peut s’hybrider avec le très rare Vison d’Europe (Mustela lutreola) et produire des hybrides fertiles. L’espèce développe également de nombreux interactions homosexuelles, établissant des alliances entre deux mâles ou deux femelles en dépit d’une vie habituellement très solitaire. Un tel comportement homosexuel reste unique parmi les carnivores solitaires et ne trouve pas d’explication évolutive. a prédisposition


La prédation du putois influence le sex-ratio et les comportements alternatifs des populations de grenouilles, réduisant la polyandrie et équilibrant la divergence sexuelle d’intérêt. Ce résultat étaye l’idée que la polyandrie provient d’un choix sexuel des femelles lorsqu’elles bénéficient de cadeaux ou d’investissement parental tandis que la polyandrie résulte davantage du conflit sexuel quand aucun avantage matériel n’est pourvu aux femelles. Dans tous les cas, affectant la variance de la reproduction, la prédation du putois influence les variations des traits associés à la divergence.
 

2. Tactiques alimentaires

    Le régime alimentaire des putois reste flexible et le prédateur peut intégrer une grande variété de ressources dans son alimentation, comme les oiseaux ou la charogne. Le statut trophique de l'espèce correspond à celui d'un prédateur généraliste. Mais, et en dépit de son éclectisme alimentaire, le putois peut concentrer sa prédation sur les grenouilles ou les rongeurs. Les variations du régime sont caractérisées par l'alternance de l'exploitation des rongeurs et des Anoures. Les Anoures consommés sont principalement des espèces communes et terrestres, comme la Grenouille agile ou le Crapaud Commun, et les variations leur prédation intensive coïncide avec les rassemblements reproducteurs des Anoures sur les sites de pontes.

    Les putois emmagasinent les Anoures dans des réserves alimentaires et montrent une prédation sélective sur les Anoures mâles probablement plus facilement détectables à cause de leur chant. Ce comportement de mise en réserve montre la remarquable aptitude cognitive des putois.

La prédation du putois devrait avoir des implications sur la génétique des populations d'Anoures parce que les échanges entre populations chez les grenouilles et les crapauds résultent essentiellement de la migration de certains mâles.

   
 Grenouille agile et restes de Crapaud commun

3. Domaine vital

    L'utilisation d'habitats différents correspond directement à la disponibilité des proies. La présence des Campagnols roussâtres dans le régime est associée avec la fréquentation des milieux boisés tandis que celle des Anoures dépend de l'exploitation assidue des marais ou des étangs. L'exploitation d'habitats différents est directement influencée par les facteurs trophiques et souligne l'opportunisme des stratégies alimentaires. L'utilisation successive d'habitats différents révèle l'importance de l'hétérogénéité des paysages pour ce Mustélidé. 

L'aire d'activité atteint en moyenne une surface mensuelle de 38 hectares pour les mâles et de 19 ha pour les femelles mais dans l'ouest de la France, le territoire total représente environ 1 km2 . L'organisation sociale est caractérisée par une exploitation particulièrement individualiste de l'espace. Les animaux développent une stratégie d'évitement spatio-temporel même entre mâles et femelles et concentrent leur prédation sur des zones à fortes potentialités trophiques. 


 

4. Rythme d'activité

   L'activité est principalement nocturne et le taux d'activité reste modéré et stable toute l'année (30%). L'activité est caractérisée par un rythme bimodal et les modifications du rythme d'activité sont étroitement corrélés avec le rythme des proies principales. 
 

 

5. Comportement social

Le putois se caractérise par un mode de vie individualiste, nommé solitaire en dépit d’importants échanges sociaux à travers des marques olfactives. Bien que les comportements agressifs varient selon les groupes, la réaction ne différait jamais avec la parenté. La théorie de sélection de parenté fournit des explications fructueuses pour beaucoup de phénomènes mais nos résultats suggèrent que de multiples mécanismes se produisant simultanément pourraient être impliqués dans des comportements sociaux. La familiarité influence nettement le comportement social de putois et peut être impliquée dans un effet de facilitation de la parenté favorisant des interactions. Les animaux élevés ensemble présentent plus d’interactions positives et moins d’interactions négatives si bien que, et malgré le mode de vie individualiste du putois, la familiarisation pourrait entraîner plus de tolérance, soulignant que les espèces solitaires peuvent fournir plus d’informations pertinente sur la vie sociale. De toute façon, la familiarisation chez le putois peut être considérée comme une forme cognitive de reconnaissance.

 

 

6. Biologie de la Conservation

  Les principales causes de la perte de biodiversité sont la destruction des habitats et la persécution directe. Le Putois est toujours détruit par les piégeurs en France sous la responsabilité des sociétés de chasse. Le piégeage et l'altération des habitats ont entraîné un déclin partout en Europe. En Grande Bretagne et en Italie, les populations sont cantonnées à certaines régions seulement mais partout la densité des populations décroît. Personne ne peut prédire comment l'extinction d'une espèce peut affecter l'organisation des écosystèmes naturels, mais le déclins met en évidence l'altération des habitats naturels. La conservation biologique de Mustela putorius en Europe nécessite une volonté politique pour la protection de l'espèce. Les futurs projets de conservation en France doivent à la fois imposer un réel statut de protection et des pratiques agricoles enfin respectueuses de l'environnement.


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